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DETAIL D'UNE EXPOSITION

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COLLECTIONS PERM./PROV. Promenade sauvage

22.01.2015 > 28.09.2015
Commissaire : EVELYNE-DOROTHEE ALLEMAND l YANNICK COURBES

 

 

 

 

 

 

 

 

Visuel : (c) MUba Eugène Leroy l Tourcoing - Photo DR

 

 

Promenade sauvage est une présentation dynamique des collections du MUba Eugène Leroy. Conçue à la manière d’une déambulation où chacune des oeuvres interagit avec l’autre de manière formelle ou conceptuelle. En partant du postulat que chaque oeuvre d’art est regardée, observée et interrogée par notre regard contemporain, dans un lieu qui est un musée, cette découverte se veut d’abord comme une promenade où nous sommes invités à découvrir les oeuvres avec un esprit d’escalier. Une collection si on la définit simplement et arbitrairement est un regroupement d’oeuvres d’art, apparues à des époques différentes conçues par des artistes différents. Pas de véritable linéarité donc dans cet ensemble, sauf si on veut bien y prendre un peu de temps et les regarder de plus près.

 

 

L’exposition Promenade sauvage s’organise autour des grands genres de l’Histoire de l’art : paysage, portrait, nature morte, scène genre, peinture d’histoire… tous dispersés dans le musée, et se renvoyant chacun les uns aux autres. Les Trente cinq têtes d’expression de Boilly entourées d’estampes de portrait très rigides mais qui découvrent une multitude de facettes, de postures, de visages ou même d’environnement immédiat, tentant pour certain à sortir du cadre de la gravure. Accrochage qui nous enjoint aussi à explorer le caractère sériel des oeuvres, leur stylisation aussi, séries et rythmes qu’Aurélie Nemours a explorés dans toute son oeuvre comme Hervé Jamen et ses autoportraits. Et ainsi de suite… Des portraits matières de Jamen aux portrait lumière de d’Eugène Leroy, Jean Fautrier, ou Marc Ronet…

 

 

La nature morte elle-même peut être appréhendée de cette manière. Simple table sur laquelle repose des objets, elle est exploitée par les artistes pour tout ce que ces objets contiennent de réflexion: du simple objet, à la symbolique qu’ils peuvent contenir, de la signification mentale qu’il projette à leur disposition dans l’espace et des jeux de lumières qu’ils proposent. Et de là, il n’y a qu’un pas à faire et se retrouver devant Maurice Denis pour qui un tableau est d’abord « de la couleur en certain ordre assemblées ». Assemblés géométriquement pour mieux en appréhender la dynamique chez Josef Albers ou plus gestuellement chez Humberto Poblete-Bustamante… Du rythme aussi du vert chez Donald Judd nous amenant vers les paysages. Dans cette thématique aussi se développe des notions riches menant nos regards à se questionner sur ce qu’est réellement un paysage: vue panoramique de la nature? ordonnancement géométrique? espace où se dévoile un mythe (Guillon Léthière) ? expression des saisons (Eugène Leroy) ? expression du temps qui s’écoule (Marc Ronet)? expression d’une pensée, d’un rêve (Elmar Trenkwalder)… jusqu’à ne plus que s’‘attarder qu’au motif du paysage, un élément renvoyant à lui seul par son pouvoir de projection à un tout: comme la série des Conifères d’Antoine Petitprez.

 

 

Et… face à eux, comme pour se perdre et mieux se retouver, est exposée une ligne de portrait, ces Conifères sont donc aussi des portrait. Ainsi découvrons nous pour chaque oeuvre une lecture qui peut et doit nous appartenir.

 

 

Promenade sauvage est aussi une référence à la Pensée sauvage chère à Claude Lévi-Strauss: « Le propre de la pensée sauvage est d'être intemporelle ; elle veut saisir le monde, à la fois, comme totalité synchronique et diachronique, et la connaissance qu'elle en prend ressemble à celle qu'offrent, d'une chambre, des  miroirs fixés à des murs opposés et qui se reflètent l'un l'autre (ainsi que les objets placés dans l'espace qui les sépare), mais sans être rigoureusement parallèles. Une multitude d'images se forment simultanément, dont aucune n'est exactement pareille aux autres ; dont chacune, par conséquent, n'apporte qu'une connaissance partielle de la décoration et du mobilier, mais dont le groupe se caractérise par des propriétés invariantes exprimant une vérité. La pensée sauvage approfondit sa connaissance à l'aide d'imagines mundi. Elle construit des édifices mentaux qui lui facilitent l'intelligence du monde pour autant qu'ils lui ressemblent. En ce sens, on a pu la définir comme pensée analogique. » (La pensée sauvage, Paris, Plon, 1962, p. 348). N’a-t-il pas d’ailleurs inscrit en épigraphe de son texte une citation d’Honoré de Balzac (Le Cabinet des antiques. Bibl. de la Pléiade, vol. IV, pp. 400-401): « Il n'y a rien au monde que les Sauvages, les paysans et les gens de province pour étudier à fond leurs affaires dans tous les sens; aussi quand ils arrivent de la Pensée au Fait, trouvez-vous les choses complètes. »

YC

 

 

 

COLLECTIONS PERMANENT/PROVISOIRE est pensée comme une exposition temporaire, dont la présentation est renouvelée régulièrement. Le parcours de l’exposition propose une déambulation au rythme des œuvres exposées autour de la question de la sculpture — peintures, dessins, gravures, photographies, vidéos et installation — selon le concept de la relation de l’art contemporain et l’art ancien. Ces nouvelles relations apportent un nouveau regard sur les œuvres en établissant entre elles des parallèles, multipliant ainsi les lectures possibles de l’œuvre. L’exposition permet de mettre au centre la question du rapport de l’œuvre au lieu et de son expérience.